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Jacqueline Kelen, Le temps de la bonté : le livre de Tobit, Le Cerf, 27/10/2022, 19€.

À l’image du récit de la Genèse, de L’Ecclésiaste ou de la Sagesse, nombre de livres de la Bible ont davantage qu’une évocation de faits historiques, une visée pédagogique voire catéchétique.
S’il est censé se situer au VIII°-VII° siècle avant l’ère chrétienne, c’est-à-dire avant la destruction de Ninive, celui de Tobie n’échappe pas à la règle. À la différence des autres écrits cependant, il s’en distingue par une fraîcheur, une intimité aptes à susciter un prolifique chemin d’éveil tant pour les adultes que pour les enfants.
C’est cet aspect tout entier irrigué par la confiance et loyauté, que Jacqueline Kelen met prioritairement en exergue dans cet ouvrage. En s’attachant à exalter la richesse intérieure de ses protagonistes comme elle l’avait précédemment fait avec ses recueils des Femmes de la Bible et de Marie Madeleine.
Par son titre « Le temps de la bonté », l’auteure nous délivre ainsi l’intention majeure de ce texte originellement écrit en araméen et en hébreu. Elle souligne dans l’épilogue :

Du livre de Tobit, chaque lecteur sort heureux. Apaisé et réconforté, joyeux et fortifié. Le lecteur sort heureux non parce que tout finit bien, mais parce que presque tous les personnages de l’histoire sont bons et bénissants, invitent à faire le bien et à se parfaire.

Puisé dans diverses sources de la Torah, celle de Job ou de Joseph notamment, l’un des douze fils du patriarche d’Israël, le livre de Tobie raconte l’histoire de deux infortunes qui vont trouver leur solution. Tobit, est un Juif pieux qui fait partie de la déportation à Ninive. Victime d’une maladie des yeux, il devient aveugle et réduit à la misère.
Le fils de Tobit, appelé Tobie, part pour un long voyage pour recouvrer une créance. Il y rencontrera Sarra, sa future épouse, victime d’un démon qui fait périr ses fiancés au fur et à mesure qu’ils se déclarent.
Tobit sera guéri de sa cécité et Sarra délivrée de son démon grâce à l’intervention de l’ange Raphaël, qui l’accompagnera tout au long de son voyage.
S’il n’est personne aujourd’hui, parmi les exégètes sérieux, à créditer cette épopée d’historique, elle n’en recèle pas moins une puissance affective qui évoque la régénération spirituelle de l’homme dans sa condition terrestre, depuis l’homme charnel jusqu’à l’être de lumière.
De sorte que ce Livre de Tobit « n’est ni une fable morale ni un conte enchanteur, mais un grand voyage intérieur, un véritable récit initiatique, » commente Jacqueline Kelen.
Un récit rédigé il y a des siècles entre l’Assyrie et la Médie, mais que l’on pourrait tout aussi bien transposer dans l’Irak et l’Iran actuels tant cette histoire échappe au temps et résonne encore dans l’entrelacs de l’âme humaine, ce que souligne l’auteur :

Les larmes et la louange, le désespoir et la confiance, la peur et l’étonnement, le frisson et le sourire, ce sont tous ces thèmes intemporels qu’il faut traverser afin de laisser poindre l’homme nouveau et les générations à venir pour transmettre cet héritage de sagesse à tous ceux qui renoueront l’alliance avec le Très-Haut .

Autant de thématiques caractéristiques du destin de l’homme juste que Jacqueline Kelen va ensuite étayer au gré des différents chapitres du livre.
De l’Homme irréprochable à la Brusque cécité en passant par l’Ange incognito, le Jeune amoureux et la Vieillesse féconde, l’auteur va relater les événements chronologiques du récit sous une forme historico-romancée du meilleur effet.
Témoignage des diverses épreuves rencontrées par la communauté juive en exil, ce livre souligne l’importance de la confiance observée en la providence divine, capable de se manifester alors que tout semble définitivement perdu.
 Le comportement même de l’homme sage qui ramène à ce fameux Temps de la bonté, générique de l’ouvrage.
« Spontanée, sans calcul, totalement désintéressée, la bonté n’attend ni profit, ni gratification », conclut Jacqueline Kelen. « Elle est une excellente manière de se souvenir de Dieu, de le célébrer comme de le louanger et de témoigner en ce monde de sa clémence insigne. »

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