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Makropoulos signe un roman noir introspectif et bouleversant

Michalis Makropoulos, L’arbre de Judas, Éditions Agullo, 07/05/2025, 130 pages, 12,90€

Chronique Mare Nostrum Michalis Makropoulos, L’arbre de Judas

À cause d’une catastrophe écologique liée à l’extraction de pétrole ayant pollué toute une région Eau noire dépeignait la cause perdue d’avance d’un homme et de son fils, dans un recoin montagneux de la Grèce.
Avec ce roman paru aux Édition Agullo, Michalis Makropoulos  avait séduit la critique, et c’est dans ce même environnement de mal-être social que s’inscrit son second opus L’arbre de Judas.
S’il rentre dans la thématique éditoriale du polar, l’ouvrage a cependant peu à voir avec un classique du genre sauf à le rapprocher de ceux de Simenon ou de Maj Sjöwall, le maître incontesté du policier nordique, tant l’ambiance étriquée et la peinture des divers protagonistes prévalent sur le suspense et l’hémoglobine.
À cinquante-trois ans, Ilias est un homme blessé, et combat chaque jour le vide qu’il sent au creux de son ventre. Après avoir quitté la femme qui l’a trompé et fui Athènes en abandonnant ses deux filles dans cette ville où il s’était efforcé de mener une vie de famille normale, le père, désemparé, décide de retourner chez sa mère, dans son village natal près de la frontière avec l’Albanie.

Difficile acclimatation

C’est dans ces montagnes que le héros, se laissera aller, de bar en café, noyant son chagrin dans les verres de tsipouro, complètement neurasthénique à l’idée de vivre éloigné de ses filles. Désireux de mettre à profit ce déplacement pour se retrouver et tenter de garder l’équilibre, Ilias finira vite par déchanter.
Entre une mère âgée, qui parle peu, ayant du mal à joindre les deux bouts, et les quelques hommes du village confinés dans un mal-être social, l’acclimatation est pour le moins difficile.

Devant sa fenêtre, juste en face, il y avait un bâtiment en ruine. Dans la cheminée, un petit-duc nichait en été. Derrière les nippes macabres du silence vêtaient le village hivernal, que déchirait de temps à autre le glapissement d’un chien. Il se sentait aérien. Il sentait qu’il ne faisait pas un avec son corps, qu’il pouvait le laisser là, à fumer allongé et inanimé, une coquille, et lui se balader. Comme de la fumée, comme un nuage. Entrer par des fissures et des serrures, dans des chambres où dormaient des vieux, où des enfants rêvaient…

Empreinte de mélancolie et d’ombres entêtantes, cette histoire est celle d’un homme qui combat la douleur d’une vie délétère, reprenant souffle au gré de contacts épistolaires ou téléphoniques avec ses deux filles.

Une prose aussi limpide que poétique

Si la première moitié du roman est centrée sur les désillusions d’un homme désenchanté sous les regards et les murmures entendus derrière son dos, la seconde partie axée autour d’un meurtre et de l’enquête diligentée par un ami d’enfance devenu commandant de police, est toute aussi monotone et sans grand rebondissement.
Comme si chacun de ces êtres plus ou moins blessés par l’existence se retranchait derrière un masque ou un rôle à jouer. Comme dans une tragédie grecque, avec une première victime, une jeune albanaise, tombée dans les trafics illicites d’un peu recommandable contrebandier et proxénète qui va tout faire basculer.
Fallait-il encore qu’Ilias, certain de sa culpabilité, accepte de le dénoncer. 

Car, il ne savait pas si on le croirait, c’était sa parole contre la parole du malfrat, qui était un homme du village et qui serait soutenu par certains villageois, des gens qui avaient quelque chose à y gagner, qui lui devaient une faveur ou avaient peur de lui.

D’évidence, l’intrigue n’a rien du contexte policier classique, mais n’en suscite pas moins l’intérêt.
En se déclinant dans une ambiance aussi pesante que poétique, ce court récit de cent trente pages atteste autant de simplicité que de virtuosité d’écriture qui le rend particulièrement attrayant.

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