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Quand aimer devient vertige voyage intime dans “Le Ciel ouvert”

Nicolas Mathieu, Le ciel ouvert. Éditions Actes Sud Coll Babel. 05/11/2025, 128 pages. 9,20€

Un livre unique, et de belle facture avec des dessins qui nous plongent dans un univers à découvrir, et qui ne ressemble nullement à un roman d’amour – au sens large – traditionnel. L’ouvrage explore la vie d’un homme — amant, père, fils — à travers l’amour, le temps qui passe et les bouleversements intimes d’une exploration intérieure. Le style de Nicolas Mathieu laisse transpirer une force émotionnelle et un certain lyrisme. L’amour est le fil conducteur de son roman. Il rassemble des moments intimes au sujet de l’amour, de l’absence, de la paternité et du vieillissement. Composé de fragments ce livre composé de notes, de souvenirs et de textes courts, qui dessinent le portrait intime d’un homme confronté à l’amour, au temps qui passe et à la transformation de sa vie.

L’auteur transforme des instants ordinaires en nous accompagnant dans un récit plein d’émotions, qui nous touche par sa poésie, évoquant « le grand amour haché par le quotidien », et la fuite du temps avec beaucoup de sensibilité. Il agit comme un miroir de l’époque et des émotions humaines. On s’y reconnaît forcément. Même s’il part d’une histoire personnelle, le texte touche à des expériences universelles : aimer, perdre, grandir, voir ses parents vieillir, élever un enfant. Quand on aime on est souvent démonstratif, parfois impudique, au-delà du raisonnable, passionné… Le style fragmenté de Nicolas Mathieu peut s’apparenter à notre vie moderne hachée, coupée, fragmentée, dissocier, bousculée… Les fragments ne racontent pas une histoire continue. Chaque souvenir éclaire une émotion.

Un amour bouleversant qui vient qui donne naissance à un amour puissant et presque irrépressible. Le narrateur vit une relation passionnelle, qui semble donner un sens nouveau à sa vie. Cet amour est intense. Il reste fragile. Il est aussi souvent impossible ou menacé. Il n’est pas idéalisé. Il est traversé par la distance, les absences, les malentendus et la réalité quotidienne. Et l’on se surprend parfois, à vérifier que cet amour devient aussi source de manque et d’inquiétude. Tout commence un jour, et tout peut s’arrêter là sans bruit… un espace de temps et tout s’efface, et où tout peut repartir. L’auteur le pressent ainsi. Il comprend que l’amour n’est pas seulement un sommet, mais aussi une perte possible. L’amour devient un espace de tension entre ce qui est vécu et ce qui ne peut pas durer. Le narrateur tente de retenir ce qui lui échappe. L’amour peut-il au cœur de nombreux livres, de pièces de théâtres telles Ruy Blas ou le Cid, Tristan et Iseult, ou des Amants de Teruel ou de Vérone… L’amour est comme le temps. « Tempus fugit »… Qui pourrait, et qui saurait le retenir ? L’amour confronté au réel. On n’y peut rien. Au fil de l’histoire fragmentaire que nous propose Nicolas Mathieu, la relation évolue. Le quotidien, les contraintes, le temps et la distance fragilisent le lien amoureux : moments de bonheur intense, instants d’attente et de solitude, peur de perdre l’être aimé, et cette difficile et vertigineuse impossibilité parfois d’aimer pleinement.

Le temps ne s’arrête pas. On ne peut arrêter les aiguilles comme le chantait jadis Berthe Sylva. Autour de nous, nos parents âgés sont aussi un marqueur qui nous sommes disent notre limite, notre finitude ; et qu’un jour nous aussi nous devrons faire ce chemin vers la sortie du théâtre de notre vie. C’est aussi le temps de sa propre transformation, de la disparition progressive des choses et des moments, des êtres et des mais que nous aimons, et qui ont accompagné notre vie. Tout passe, tout s’efface…, tout s’évanoui… tout peut être perdu. Que reste-t-il, alors ? douce mélancolie qui nous plonge dans ce qui nous est le plus ontologique, le plus consubstantiel à nous-même. L’écriture devient alors une tentative de retenir les instants et de fixer les émotions.

Personnage central et voix du livre, le narrateur est proche de l’auteur. Il est au cœur de ses émotions, de ses souvenirs et de ses relations. Il prend conscience du temps ; et en définitive ce n’est vraiment que du bout des lèvres qu’il accepte l’inéluctable. Il est le parfait produit de l’homme contemporain traversé par la fragilité des émotions, le sentiment d’isolement malgré la proximité. La solitude moderne, même au cœur des relations, est un des fléaux de notre temps. Il fut chanté par Dalida, Serge Lama, Ginette Réno…, les plus grands poètes et d’autres grands écrivains. Même entouré, le narrateur ressent une forme d’isolement émotionnel. Le temps emporte tout. On ne peut pas retenir la vie, mais on peut en garder une trace.

L’auteur essaie d’expliquer la tension entre intensité et durée. La présence de la femme aimée est essentielle. Elle incarne l’amour intense, le désir, mais aussi la distance et l’incertitude. La passion comporte des risques, et conduit souvent à de la fragilité dans les relations, le manque et finalement parfois l’absence. Il y a donc là à la fois un contraste et une comparaison, deux amours différents et une instabilité qui provoque des émotions mélangées. Autre amour qui compte dans sa vie. La relation avec son enfant et la paternité transforment le narrateur l’ancrant dans le réel. Cette réalité lui donne une responsabilité nouvelle modifiant du coup sa perception du Temps. Les scènes avec son enfant sont souvent simples, quotidiennes, et chargées d’émotion. Il est stable concret et durable à la différence de l’amour-passion. Avec l’enfant la transmission est assurée. Il y a un futur possible. A l’autre bout de l’existence, il y a ce chemin qui se déploie inexorablement et qui avance dans le temps. C’est le vieillissement, la perte, et la finitude. Rien ne dure sur terre, mais sans doute qu’un esprit croyant pensera que ce qui a été lié sur Terre se continue au-delà… Chacun son chemin pour qui confessera la rose et l’autre le réséda.

La lecture est émotionnelle, et le manque de véritable intrigue pourrait nous freiner, mais le roman suggère autre chose. Il nous emmène plus loin, là où l’écriture nous rappelle que (sans doute) elle ne sauve pas la vie, mais permet d’en conserver juste l’écho. Comme « une brise de fin silence » il se glisse dans les interstices de notre vie.

Le ciel ouvert est une œuvre intime qui introduit le lecteur dans l’univers de l’auteur avec poésie et sentiments qui viennent toucher les lèvres de notre cœur, et de notre âme qui cherche l’instant d’Amour, comme le Bien-Aimé qui cherche sa Bien-Aimée dans le Cantique des Cantiques. Recevoir « un baiser de sa bouche », et donner aussi à son enfant tout l’amour d’un père et la garantie de ses sentiments intangibles et protecteurs. C’est la sincérité de l’amour, le temps et la mémoire qui sont ici convoqués. La forme fragmentaire du livre peut nous perdre un peu, mais elle reflète la manière dont la vie se compose d’instants dispersés. Un livre sensible et profond. Une alternance de souvenirs, de réflexions et de scènes quotidiennes viennent scander le roman. Vers la fin du livre, il n’y a pas de résolution classique. Il est difficile d’aimer durablement et en vérité. Il y a de la mélancolie dans ce livre… L’amour, le temps et la vie restent ouverts, incertains. Les dessins d’Aline Zalko renforcent par leurs beautés ce livre qui touchera les cœurs en ce jour où dans beaucoup d’endroits dans le Monde on célèbre les Amoureux.

Un roman à lire surtout pour la beauté de l’écriture et l’intensité émotionnelle.

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