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Un jeune homme au bout de son errance admirant, extatique, le doux flot des nuages qui planent au-dessus d’un volcan menaçant… Tel est, dès les premières lignes, le décor inhérent au nouveau roman d’Alain Cadéo.
Un roman ? Un conte ou une chimère plutôt, qui sans trame singulière, vagabonde au gré de quatre cents pages et ne cesse pourtant d’appâter le lectorat. C’est là tout le savoir-faire et la magie de son auteur. À l’image du titre et du dessin de couverture privilégiés. Mayacumbra ! Ne cherchez pas davantage le nom du hameau que celui d’un cratère momentanément assoupi.
Pour les plus férus en géographie, l’endroit pourrait s’apparenter au Rift éthiopien, eu égard à cette Corne de l’Afrique, ici transmutée en Corne de Dieu. Voire, du volcan Taal aux Philippines, environné de forêts tel qu’y correspondrait la scénographie du récit.
Mais cela, en fait, n’a guère d’importance. L’essentiel est de se laisser transporter pour une longue marche, vers l’autre bord du monde indéfini. Là où les sensations se mettent à l’unisson des mots pour en exalter la couleur autant que leur saveur.
« Scribouilleur impatient, décousu, électrique… pour une écriture sans propos, sans repères de temps comme un bruit nécessaire », commente lui-même, Théo, le héros du livre, sous lequel transparaît sans peine son auteur.

C’est ici, à l’issue d’un long périple d’après la civilisation, que Théo a choisi d’élire domicile, entre champ, bosquet et rivière, « pour éprouver l’impalpable ivresse de sa cousine l’amnésie ».
Trois années à vaquer dans ce no man’s land pour construire une cabane et le sillonner avec son âne, Ferdinand, c’est cependant bien long pour cet exilé volontaire. Heureusement, il y a Lita.
Lita, l’innocence faite jeune fille, et sa silhouette gracile, qui vient en cachette lui rendre visite, là-haut, drapée dans sa robe de velours rouge avec ses longs cheveux noirs.
C’est au village qu’il l’a rencontrée, « ce petit ramassis de baraques, ombre de boue, comme un trou d’eau dans une masse d’épinards. » Ce Mayacumbra où de jour en jour, Théo a lié bien des amitiés, celle avec Solstice notamment, qui le met en garde contre Moreno, le mari jaloux, vingt ans plus âgé que Lita, et qui n’hésiterait pas à se servir de son coupe-coupe pour garder sa protégée.

Ainsi, peu à peu, l’intrigue prend corps, étayée par les relations tissées dans les bourgades dont les portraits des habitants n’ont d’égaux que leurs dénominations. Solstice déjà nommé, mais aussi Balthazar, Arnosen, Biribine, Cyrus ou encore Rolombus ; autant de marginaux évoluant dans un univers fantasmagorique et empreints toutefois de sagesse.
Un environnement des plus humains en somme, auquel l’imagination de l’auteur va donner son libre cours. Zones d’ombres et de secrets mêlés, où l’intrigue musarde et se densifie en une veine poétique suggestive.
De page en page, en l’absence de chapitres, pour marquer la dimension intemporelle du récit comme l’indique l’auteur, l’on se laisse ainsi bercer par un tourbillon d’expressions et de métaphores. Par tout un flot de réflexions intérieures aussi, comme lorsque le héros médite sur la félicité.

Il n’y a qu’une chose à laquelle il voudrait demeurer attaché, c’est la joie, la joie pour rien. Et c’est pour lui, sans doute, la plus difficile à pieusement garder. Elle va, elle vient comme un furet. Elle n’est jamais acquise. C’est pourtant pas très gros la graine de la joie. C’est même minuscule. Ça pousse un instant, ça fleurit d’un coup, c’est un massif de liserons. Et ça fane aussi vite, ça file à la vitesse de l’éclair, comme c’est venu. Il y a sûrement des êtres doués par cet état de grâce. Il donnerait bien tout ce qu’il possède le Théo pour être comme eux. Bienheureux les simples d’esprit…

Alain Cadéo

Bref, une superbe fresque existentielle, à savourer comme un torrent d’eau fraîche et de feu à l’image de cette cascade de lave qui déferle d’un volcan omniprésent dans un ciel criblé d’étoiles !

Chronique de Michel Bolasell

Cadéo, Alain, Mayacumbra, Éditions La Trace, 07/11/2019, 1 vol. (415 p.), 21 €

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