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“Prôner une religion fondée sur la raison afin de faire éclore la lumière qui soutient la foi et permet aussi d’accéder à des vérités qui ne relèvent pas de la foi… ” Par cette seule pensée que n’aurait pas désavouée Saint Thomas d’Aquin réside toute la singularité de Kahina Bahloul. C’est dire, d’emblée, combien par l’ouverture qu’il suggère comme par son contenu doctrinal, “Mon islam, ma liberté” est un livre majeur pour notre temps.
Un ouvrage d’autant plus important qu’établi non à partir d’approximations mais d’une profonde réflexion. “J’ai choisi d’être musulmane, parce que je me suis donné l’autorisation de douter, de tout questionner, de tout remettre en cause” souligne-t-elle ainsi dans son introduction.
Avec une jeunesse rythmée par la terreur de la “décennie noire” algérienne, Kahina Bahloul a su, très tôt, ce que le terrorisme religieux pouvait engendrer. À son arrivée en France, à l’âge de vingt-quatre ans, elle avait pris ses distances avec toute forme de spiritualité. Et c’est la perte subite d’un père, objet d’une intime crise existentielle qui l’a faite se rapprocher de Dieu.
Non pas dans l’héritage d’un discours théorique orthodoxe, mais par le cheminement d’une authentique expérience intérieure comme celle prônée par le soufisme.
“C’est cet éveil à soi, au divin en soi et à l’autre”, synonyme de questionnement et d’errance, complété par une recherche approfondie sur la mystique musulmane – autour de l’œuvre d’Ibn’ Arabî notamment – qui a développé chez cette théologienne la vision d’un Islam réformiste, puis sa nécessité de l’incarner.
Ainsi, entourée de fidèles partageant cette même vision libérale, a-t-elle créé un lieu de culte où le prêche est alternativement tenu par une imame et un imam. Un acte symbolique fort décrié par les tenants d’un islam rigoriste, qui ne la fera pas pour autant dévier de son objectif. L’origine de son prénom, Kahina, – emblématique de l’histoire berbère – et du dicton qui s’y rattache : “nous briserons mais nous ne plierons pas”, dit assez de sa ténacité à cet égard.
En revendiquant sa légitimité d’être femme et imame, comme le valident les sources classiques du Coran, Kahina Bahloul fait mieux qu’officialiser son ministère religieux. Elle retrace les fondements d’un islam empreint de justice et de sagesse; et étaye le bien-fondé de sa réforme actuelle pour l’affranchir des peurs et de diverses scléroses.
Son chapitre consacré à restaurer l’importance de cette religion du Livre dans les domaines des savoirs scientifiques et culturels, comme celui d’un renouement avec la pensée philosophique et mystique sont un véritable traité pédagogique et structurant.
Une réelle bouffée d’air frais à l’image de “ce que voile le voile !” ou de la dignité féminine, “afin que toutes les femmes aspirent à la liberté de décider de leur propre sort, sans que les hommes et les idéologies qu’ils ont fabriquées ne les prennent en otage.”
On n’omettra pas, enfin, la partie réservée à la diversité religieuse et l’esprit d’attention à l’autre, tel que le poétise si justement Ibn’ Arabî :

La religion que je professe est la religion de l’amour
Où que se dirigent ses montures
L’amour est ma religion et ma foi
Les êtres créés se sont formés au sujet Dieu des croyances
Et moi, je professe tout ce qu’ils ont cru.

En ce domaine comme en bien d’autres, c’est peu dire qu’il y a un lien plus que ténu entre l’imame Kahina Bahloul et la rabbine Delphine Horvilleur. Deux femmes pleinement engagées dans l’évolution de la spiritualité qui forcent autant l’admiration que le respect.

Bahloul, Kahina, “Mon islam, ma liberté”, Albin Michel, “Documents”, 31/03/2021, 1 vol. (199 p.), 18,90€

Michel BOLASSELL
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