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Adrien Candiard, Sur la montagne : l’aspérité et la grâce, Le Cerf, 12/10/2023, 1 vol. (141 p.), 12€.

Inviter tout un chacun – croyant ou non – à s’efforcer de bien vivre, hors du fatras des contraintes régissant notre environnement mental : tel était le propos d’Adrien Candiard dans son précédent ouvrage A Philémon.
Une réflexion saluée par la critique que le prieur dominicain du Caire développe plus encore dans l’ouvrage Sur la montagne : l’aspérité et la grâce. Troquant la célèbre lettre de Saint Paul pour l’épisode du Sermon sur la montagne, sa méditation est toute aussi pertinente.
Qu’il s’agisse de l’accès à la liberté comme horizon d’infini comme il l’avait étayé par le biais de la lettre à Philémon, l’auteur s’efforce à travers ce Discours sur la montagne, de faire sourdre un chemin de libération apte à changer la perception au divin.
Désireux d’aider les personnes en recherche du vrai, il ouvre divers axes de lectures censés en faciliter la compréhension. À commencer, dès l’introduction, par la complexe recherche du bonheur dans la parabole du Jeune homme riche et la non moins délicate question de la grâce. Une notion sujette à multiples controverses, devenue abstraite ou décourageante à force d’être galvaudée que le dominicain a le mérite de clarifier en ces termes.

Qu’est-ce que la grâce ? Comment l’obtenir avec l’interrogation qui s’y rattache ? Si Dieu nous aime gratuitement et sans conditions, pourquoi nous demande-t-il d’agir selon ses commandements, et des commandements si exigeants qu’ils semblent hors de portée ?

Un royaume offert à tous

C’est ce projet de vie chrétienne délesté d’injonctions souvent contradictoires que va définir l’ouvrage. En s’attardant d’abord sur le côté assez déconcertant des Béatitudes, car toutes ne sont pas particulièrement souhaitables, explique l’auteur.

Car, si avoir le cœur pur, être miséricordieux ou artisan de paix peuvent rendre l’homme heureux, quel rapport avec le bonheur peut-il y avoir à pleurer ou à être persécuté ? La raison d’être de ces Béatitudes n’est donc pas de les appliquer à la lettre, c’est de posséder le Royaume de Dieu.

Ce Royaume dont Jésus parle souvent, sans en préciser le contenu exact autrement que par des images et des paraboles. Celles décrites, pêle-mêle, comme un semeur, un trésor, une graine de moutarde, mais aussi un filet, un trésor ou un négociant en perles fines qui, au travers d’éléments de la vie quotidienne, font accéder au transcendant.

Ainsi comme l’explicite l’auteur, cette révélation de Dieu qui inaugure son Royaume est un don gratuit, une grâce, sans condition ni mérite de la part de qui que ce soit. Il ne lui manque rien, ou plutôt il ne lui manque que d’entrer concrètement dans notre vie : que nous acceptions cet amour offert, que nous accueillions le fait d’être aimé. Et c’est là que commencent la vie chrétienne, la vie spirituelle, la loi chrétienne et les commandements. Le Royaume est ainsi offert à tous.

Accessible au plus grand nombre

Étayant son propos d’exemples de sa vie relationnelle ou de sa propre expérience, (une gifle reçue d’un de ses frères durant le noviciat à laquelle il ne répondit pas), le commentaire est aussi pertinent que savoureux. Accessible également à un public beaucoup plus large que les chrétiens, lorsque y est soulevée la question de la conscience. Soucieux d’en cerner toute l’importance, Adrien Candiard précise :

La liberté bien comprise n’est pas la démission ou la facilité, mais bien un effort d’autant plus grand qu’il doit affronter l’incertitude et le doute. Au bout du compte, il ne me semble pas qu’il soit moins exigeant de devoir former sa conscience, peser le bien et le mal pour décider librement en conscience, que d’obéir littéralement et sans réfléchir à un point de règlement.

Telle est à ses yeux la finalité des Béatitudes. Sans imposer les prescriptions d’un système de règles, la Loi du Christ marque le cœur mais ne le remplace pas. Au contraire, elle l’éveille à sa véritable mission : nous conduire jusqu’à Dieu. 
C’est vers cette voie ancrée dans le roc véritable que s’adresse ce livre. Pour tous ceux qui, faisant fi des errements sociétaux d’aujourd’hui, s’efforcent de bien vivre. À l’image de ce groupe de jeunes pèlerins conduits sur les hauteurs de Tibériade par le frère dominicain pour que les paroles de ce Sermon sur la montagne pénètrent en chacun d’eux et leur entrouvrent l’accès au véritable bonheur…

Chroniqueur : Michel Bolassell

Chroniqueur : Michel Bolassell

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