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“Souffrance voilée” est le récit d’un esclavage. Sophia Ghani, émigrée du Maroc dans les années 1990, subit les violences physiques et psychiques de ses parents, qui ne font qu’accroître avec leur radicalisation religieuse. Cette autobiographie raconte son enfer, cloîtrée entre les quatre murs de l’appartement familial.
On se demande souvent comment se déroule le processus de radicalisation. Comment un homme, si bien intégré dans la société française, peut basculer du jour au lendemain. Comment il peut se plonger dans un extrémisme religieux sans limite, voiler femme et enfants, et leur imposer une culture du silence, de la soumission, et du tourment. “Souffrance voilée” en est un témoignage. Sophia raconte son départ du Maroc, la rigidité de sa mère, qui l’élève comme une bonne à tout faire, son interdiction d’être scolarisée. Surtout, elle raconte comment, à la suite de sa perte d’emploi, son père, puis sa mère, ont commencé à fréquenter la mosquée. Au début, ils n’y vont que deux fois par semaine, puis tous les jours. Ils tombent alors dans le piège d’un islam ascétique et cruel, qui assimile le bonheur et la liberté à des péchés. L’éducation des enfants change. Ils sont battus et rabaissés à longueur de journée. Ils sont privés de musique, de télévision. Seules, les cassettes audios coraniques sont autorisées. Les filles sont affublées d’une burqa, prison informe qui les exclut encore un peu plus du monde extérieur. Tout devient un tabou. On leur impose la culture de la “hshouma”, la “honte” en arabe. Tous leurs faits et gestes sont scrutés, par peur qu’elles ne causent la honte de la famille.
À 18 ans, Sophia est vendue à un homme qu’elle n’a jamais rencontré, elle est livrée telle Justine à son bourreau. Innocente, encore enfant, elle doit s’offrir à cet homme qui ne la considère que comme un défouloir sexuel. Comme le personnage du marquis de Sade, elle tente la fuite, ce qui la conduit vers un enfer un peu plus insupportable que le précédent. De Justine, Sophia tient sa naïveté. Elle se raccroche à ses tortionnaires, elle est attirée par eux, croyant désespérément que leur position (celui de mère, de confesseur, ou de professeur d’école) suppose qu’ils possèdent une part de bonté, d’amour.
Son passé la rattrape toujours. Ses parents ne sont jamais très loin. Leur relation devient presque révoltante. Elle écrit que “nous ne sommes pas toutes des guerrières prêtes au combat”. Sophia n’a jamais osé s’affirmer, s’opposer. Il semble que le personnage ne peut vivre qu’à travers la toxicité de ses parents. Elle n’a pas la force de se sevrer.
Ce roman doit être vu comme une leçon pour l’Occident. L’adage populaire “On ne doit pas se fier aux apparences” n’a jamais été aussi bien représenté. Derrière sa burqa, Sophia rêve de jupes courtes, et de maquillage. “Souffrance voilée” est un appel au secours. C’est un avertissement contre les dangers du radicalisme islamique. L’émergence de cet islam qui n’est ni celui du prophète, ni celui du Coran, mets mal à l’aise la plupart des musulmans. Il se veut une religion politique, réactionnaire, une provocation et une menace pour les pays occidentaux. Non, ceci n’est pas l’islam.

Un point de théologie…

Une brève histoire du voile en Mésopotamie

Le port du voile n’est pas une invention musulmane. Il trouve ses origines en Mésopotamie, 7 000 ans avant notre ère. Il était porté par les prostituées, mais aussi par toutes les femmes dans une situation très particulière. En effet, chaque femme devait porter le voile au sein du Temple de Beltis une fois dans sa vie. Après être entrées dans le temple, elles ne pouvaient pas en sortir avant qu’un homme, qui leur était complètement inconnu, n’aille vers elles, ne leur jette une pièce d’argent, et ne leur fasse l’amour. Cet acte était censé satisfaire les déesses et rendre les femmes fertiles. Ainsi, les premiers voiles religieux étaient liés à une forme de prostitution et à des pratiques païennes. De plus, dans les pays musulmans, le voile intégral (hijab), n’est pas une exigence du Coran. Dans la sourate 24, verset 31, il est demandé aux femmes de ne montrer « que ce qui est en dehors de leur ornement et de couvrir leurs seins d’un voile ». Il n’est pas question de couvrir le visage en tout ou en partie. Le Coran appelle à la modestie et exige exactement la même chose des hommes ! En Égypte, en 1953, lors d’un discours télévisé, le président Nasser a fait rire tous les musulmans du pays lorsqu’il a annoncé la demande singulière d’un parti politique, les “Frères musulmans” : rendre obligatoire le port du voile pour les femmes…

Éliane BEDU
Contact@marenostrum.pm

Sophia Ghani-Friné Siedel ; « Souffrance voilée » ; Cap Béar éditions ; Perpignan, 07/2020 ; 297p. 18€.

Retrouvez cet ouvrage sur le site de L’ÉDITEUR

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